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Maher Kamal
Ahla Andalusi

NESMA Music
Catalogue: ND0801
CRÉDIT
Chant: Maher Kamal
Violon: Reda Ragab - Moustafa Abdel Nabil - Samir Rashad - Wahel Nabil- Moustafa Abou Sheffa - Mohamed El Moogui - Saad Mohamed Hassan
Viola: Ibrahim Radio
Violon Soliste: Reda Ragab, Saad Mohamed Hassan
Cello: Emad Ashour - Yasser Taha
Contrebasse: Beshir Awes
Kanoun: Maged Sorour
Nay: Mohamed Fouda
Kawala: Abdallah Helmy
Oud: Mamdouh El Gebaly
Req: Hesham El Araby
Tabla Doff Dohola: Ahmed Ayady, Khamis Henkesh
Choeurs: Salwa Mohamed, Fatma Zidan, Hoda Ahmed, Ahmed Saad, Ashraf Sleini, Amr Hassan.

Compositions de Maher Kamal
Arrangements themes 1 & 4 par Ibrahim Radio

Enregistrement: Toto
Mix et Master: Ehab Nabil
Ammer Sound Studio, Le Caire, 2007 2008.

Photos: Eric Godfroid
Graphisme: Rodil&Herraiz

Producteur: Nesma 
Maher Kamal
Ahla Andalusi
“Ahla Andalusi”. Peuple d’Al-Andalous.

L’histoire de Al-Andalous est particulièrement marquée par l’art et la poésie. A cette époque, les poètes arabes, originaires de régions désertiques, comparèrent la péninsule ibérique à un paradis: « Al-Andalous, le paradis éternel ».

Ce fut, sans aucun doute, la civilisation la plus prospère et la plus brillante du Moyen Age, par sa culture, son architecture, sa science, et selon de nombreux témoignages, la tolérance et la convivialité qui y régnaient; Cordoue brillait dans le monde entier.

Il n’est pas surprenant que la poésie et la musique arabes aient atteint leur apogée au temps de Al-Andalous, avec les Muwashahat. Le « Muwashah » n’a pas son pareil dans l’art et la littérature arabes. Pour l’apprivoiser, il est important de comprendre ce que signifiait la poésie pour les arabes, quand un poète s’asseyait au « marché de la poésie », et récitait des poèmes de plus de mille vers, quand le public mémorisait et répétait les vers dès leur première audition, ou lorsque deux poètes entraient en compétition dans la cour du Calife avec leurs vers respectifs, ou encore, quand on composa un poème renfermant la grammaire arabe toute entière.

C’est dans ce monde en ébullition, profondément amoureux de la poésie, que sont nés les Muwashahat vers l’année 1000 de notre ère (certains disent plus tôt, d’autres plus tard). Ils furent influencés par la beauté et la joie de Al-Andalous, allant au delà de la tradition, des règles de rythmes et rimes de la poésie arabe classique, dans une liberté totale de création, guidé par la musique et les mélodies plus que par les mots. Art lyrique, écrit pour être dansé et chanté, le rythme de la Muwashah dépend essentiellement de la mélodie. Même dans leurs vers, les poètes andalous ne se limitèrent pas au cadre de la langue arabe classique, introduisant des mots provenant de dialectes, aussi bien d’orient que d’ occident.

La plus jolie et plus précise citation que j’aie jamais entendue à propos des Muwashahat est celle de Ibn Sanaa Al Molk dans son livre Dar Al Teraz : « C’est de la poésie que l’oeil reconnaît comme de la prose, c’est de la prose que les sens perçoivent comme de la poésie.»

Compositeur et chanteur, Maher Kamal se risque à pénétrer dans le monde complexe de la musique et du chant lyrique arabes par la grande porte des Muwashahat, considéré comme « un style musical ancré dans la tradition ». Et il le fait avec grande modestie, mais aussi avec assurance, sérénité et liberté, comme s’il avait su assimiler des siècles d’histoire et de poésie.

Désireux d’innover et de faire ressortir la beauté de la poésie, Maher Kamal utilise une large variété de mode musicaux orientaux assortis des ornements qui les distinguent, par exemple, le mode Rast dans le chant Abaha Al Dam’o et le mode Bayati dans Ya Hamam. Il recourt à des changements de mode comme dans Tarfuhu El Ahwar où il passe du mode Nahawand au Bayati, ou encore du Nahawand au Saba dans le chant Milouk El Hosn.

Il s’aventure, par ailleurs, à utiliser une large variété de rythmes, aussi bien simples que complexes; simple pour le chant Milouk El Hosn et complexe, de quatorze temps, pour Wadaa El Sabr, pour lequel il modifie la structure interne du rythme afin de l’adapter à la musique. Il utilise aussi la rumba dans Ahla Andalusi et dans Ya Hadary, un rythme commun à la musique espagnole, comme le flamenco. Par ailleurs, il libère des espaces appropriés pour des solos instrumentaux de luth, de qanoun, de violon ou de violoncelle, démontrant ainsi que la création d’une musique moderne ne doit pas pour autant s’opposer à la musique traditionnelle. Remarquable également, est sa façon de chanter, choisissant les espaces avec justesse, donnant une impression de facilité alors que ça ne l’est pas.

Ce mélange audacieux mais réussi de son style de chant et de ses compositions peut être considéré comme une rareté dans le paysage de la musique arabe contemporaine. Indubitablement, ce disque exhale le parfum de la terre de Al-Andalous.

Ezzeldine Hassan
Dramaturge et auteur égyptien
A propos de Maher Kamal

Compositeur et chanteur, Maher Kamal est né en 1970 à El Senbellawein, dans la province égyptienne de Mansura, la même ville qui a vu naître la celèbre chanteuse Oum Kalsoum.
Tandis qu’il était encore enfant, sa famille alla s’installer à Ismailia, sur les rives du canal de Suez, où il réside encore aujourd’hui, appréciant la tranquillité de cette cité, loin de l’ambiance agitée de la capitale égyptienne.

Après avoir obtenu un diplôme d’économie, Kamal décide de se donner à temps complet à la musique. En 1991, il prend la direction de « l’Egyptian Musical Heritage Orchestra » de la ville d’Ismailia. En 1995, il devient directeur artistique et gérant de « l’Ismailia National Folk Dance Ensemble ». Sous sa direction, ce groupe a participé à de nombreux festivals internationaux de folklore, en Europe, en Asie et au Proche Orient.

Kamal Maher ne cesse d’approfondir ses connaissances des différents genres de la musique égyptienne incluant la musique traditionnelle, la musique classique et la musique folklorique contemporaine. Il compose des pièces pour la danse, des bandes sonores et des chansons pour le théâtre et la télévision. Son expérience à la tête du Ismailia National Folk Dance Ensemble lui a conféré une compréhension et une vision approfondie de la procédure de composition musicale dans des genres extrêmement variés.

En 1997, Maher Kamal rencontre la célèbre danseuse Farida Fahmy, à l’occasion de leur collaboration pour un projet destiné au groupe d’art folklorique d’Ismailia. Ce fut pour lui une nouvelle source d’inspiration dont il profita pendant de multiples sessions artistiques auxquelles ils participèrent. Une profonde amitié et une admiration mutuelle émergea de cette intense collaboration. Pour le compositeur, il en résulta une source d’inspiration artistique extrêmement fructueuse. 


1. Al Andalous, le Paradis Eternel (Ahla Andalusi)
Poésíe de Ibn Jafayâ d’Alzira (1058-1139)
Maqam (mode): Ajam
Cycle rythmique: Rumba

Oh ! Gens de Al Andalous quelle fortune !
Eau, ombre, rivière et arbres

Le paradis n’est que chez vous
Si je devais choisir, je le choisirais

N’ayez pas peur d’aller à l’abîme
Personne ne rentre en enfer venant du paradis.

2. Adieu Patience (Wadaa El Sabr)
Poésie de Ibn Zaydun de Córdoba (1003-1070)
Maqam (mode): Nahawand
Cycle rythmique: Mahjar

Adieu l’amour, adieu la patience
Mes secrets entreposés sont répandus

Je regrette de ne pas accroître
Ton amour en te disant adieu.

Oh ! toi, une lune éclaire et sublime
à quel merveilleux moment tu es née !

Ma nuit s’allonge après toi
Qu’elle était courte avec toi !

3. Amour Soufi (Ya Hadary)
Poésie de Ibn `Arabi de Murcia (1165-1240)
Maqam (mode): Nahawand
Cycle rythmique: Rumba

Je m’énamourais de ma vérité
Et mes yeux ne l’ont pas vu
S’ils l’avaient vu
Sa beauté m’aurait tué.
Quand je l’ai vu
J’ai senti l’amour
Et j’ai vagué jusqu’à l’aube
Quelle crainte de prudence,
A quoi sert la prudence,
Ce qui m’a fait vaguer
C’est la timidité de cette beauté.
Quelle belle gazelle !
Broutant avec grâce
Si elle aspire et dévie
Elle fascine tout le monde
Comme si ses soupirs
Etaient parfumés !
Comme si elle était le soleil de midi
Ou comme la lune.
Si elle apparaît
La lumière du jour la fera briller.
Si elle se cache
Le noir de ses cheveux la couvre.
Oh ! lune sombre nocturne
Que mon cœur s’enflamme
Mes yeux sont pour te voir
Toute ma chance, c’est de voir.

4. Oh ! Colombe (Ya Hamam)
Deux poésies anonymes
Maqam (mode) : Bayati - Hejaz
Cycle rythmique: Masmoudi - Maqsoum

1ère Partie: Oh! Colombe (Ya Hamam)

Oh ! Colombe des broussailles chante
Les plus belles chansons.
Exprime à mon amour
Q’un jeune passionné
Quand sa beauté m’a comblé,
Les feus ont embrasé.
Elle s’est tournée vers moi et m’a invité
La merveilleuse beauté
Dans la passion, m’a immergé
Que Dieu m’aide!

2ème Partie: Tes Douces Lèvres (Ya Azibal Marshafi)

Que tu as de douces lèvres !
Que ton abandon est amer !
Ne prive pas un amoureux
Des lances de tes yeux

Aie pitié d’un malade
Eperdu d’amour
Le mal d’amour a avarié
L’âme du désireux
Dieu qui t’a arrangé
A noué en toi les perles

Ton amour enivre
Plus que le vin
Ne sois pas celui qui a privé
D’embrasser les perles d’une bouche
Le rubis de tes lèvres
Que Dieu te bénisse!


5. Oh! Mon Amour (Aya Morady)
Poésie anonyme
Maqam (mode) : Ajam
Cycle rythmique: Libre

Oh ! Mon amour jusqu’à quand
Cet éloignement et cette coquetterie
Aucun signal d’amour ?

Traite ton amoureux avec grâce
Toi … pleine de beauté
L’abandon est douloureux

Quoi faire avec toi?
Mes joues sont pleines de larmes
Prends soin d’un blessé.

Arrête les flèches de tes yeux
Et ne cherche plus à lutter
Je suis hôte de ton amour


6. Les Yeux Précieux (Abaha Al Dam’o)
Poésie de Hamda bint ziyad al-Mu´addib d’Alhama (XIème siècle)
Maqam (mode): Rast
Cycle rythmique: Wahda



Mes larmes ont révélé mes secrets dans une vallée
Qui a pour la beauté des signes clairs.
Une rivière qui parcourt tous les jardins
Et d’un jardin voltige en toutes vallées.
De tous ses yeux de biche, cette beauté
M’a paru et m’a volé mon âme.
Elle a un regard qui cache une affaire
Et cette affaire m’empêche de dormir
Si son voile tombe de son visage
On voit une pleine lune dans un sombre horizon.
Comme si le jour avait perdu un frère
Et de sa tristesse est devenu tout noir.


7. La Belle Troubadoure (Tarfuhu El Ahwar)
Poésie de Nazhún bint al-Qila´i de Granada (XIIème siècle)
Maqam (mode): Nahawand
Cycle rythmique: Rumba - Maqsoum - Rumba

Comme ses yeux charmants
Ont brisé mon corps dur !
Elle est passée avec ses amies
Cueillir des fleurs,
En récitant un verset de son livre
Cherchant sa récompense.
Elle m’a rappelé avec son amour
Un autre verset.
Si elle voudrait, elle ne m’aurait pas rappelé
Elle a farfouillé mon cœur sur les braises de la passion
Dans quel état est-il resté !

Toute la passion a apparu
Quand elle a chanté
Une nymphe si elle était juste
En sa jalousie
Il l’aime, et il se hausse
C’est pourquoi, elle a chanté :
Il me désire s’il ne m’obtient pas
Il me désire
S’il m’obtient, il s’enfuit
« Qu’il est insolent ! ».


8. Reines de Beauté (Milouk El Hosn)
Poésie anonyme
Maqam (mode): Nahawand
Cycle rythmique: Saba Darij

Laisse nous nous joindre
Et permets la rencontre
Engage mes liens d’amour
Etre loin, c’est amer.

Des amoureux ont souffert avant moi
Cet l’amour insupportable
Personne n’a senti comme moi
La souffrance de la séparation.

Oh ! reines de beauté, soyez tendre
Envers les pauvres amoureux
Pitié d’un passionné
Plein de maladies d’amour
Je suis ton esclave d’amour.
Oh ! mon extrême rêve
Prends-moi donc dans tes bras
Pour apaiser mon feu d’amour.

Note: les titres des poèmes ne sont pas des traductions littérales des titres des chansons en arabe.

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